Les retrouvailles part 2 – un sapin de Noël bleu et doré

Fond sonore : Amadou & Mariam, Beaux Dimanches.

Jeudi, c’est le jour de marché à Alépé.

C’est le jour des courses, ce qui veut dire que je je vais revoir mes mamas ! J’attends que ça. Suis excitée comme une puce.

J’adore aller aux courses (bien que c’est une organisation de dingue de faire les courses pour des chimpanzés et plus de 15 humains. Un genre de remake de Ma famille XXL? Vous savez les espèces de télé réalité sur les familles nombreuses qui prennent 12 caddies pour faire leur courses : L’ANGOISSE).

Je suis en route pour Alépé, la plus grande ville aux alentours de la forêt. Je suis au volant de Rihanna, le 4×4 en décomposition que nous avons au camp 😂. J’en rigole, mais je rigole jaune : quelle galère. C’est une angoisse permanente qu’elle nous lâche. Ça nous couperait de tout : eau, nourriture, soins… Être aussi dépendant d’une machine, c’est assez angoissant pour une asso sans thune.

Je n’ai pas prévenu mes mamas de mon retour en Côte d’Ivoire. Je voulais leur faire la surprise. Et puis, la majorité d’entre elles n’ont pas de téléphone, et encore moins de réseaux sociaux, donc difficile de les joindre.

Je découvre un marché foisonnant.

Le jeudi, le marché est ULTRA animé.

Limite trop, c’est un périple de se frayer un chemin. Ça grouille de partout !

Je retrouve la vie, les énergies.

Les couleurs des pagnes, les odeurs de poisson fumé, les légumes étalés un peu partout, les haut-parleurs (ou juste les cordes vocales des marchand.e.s) qui crient les bonnes affaires du jour : « 1000 francs le pagne, 1000 francs, 1000 francs ! », « 1000 les tapettes ( Aka : les tongs) , 1000 , 1000 francs ! ».

Ça y est.

Je le sens, je suis de retour.

Je m’empresse d’aller voir mes mamas. J’avais préparé des petits cadeaux pour chacune d’entre elles :

des colliers, des boucles d’oreilles, des produits de beauté, du parfum. Mon love language à moi.

Et puis, des retrouvailles sorores, maternelles et maternantes.

Des embrassades à n’en plus finir.

« Ma fille, ma sœur, comment ça va chez toi ? Tu m’as manqué ! »

Bon, j’ai aussi eu le droit à des remarques sur la taille de mon 🍑 qui a augmenté pendant mes 4 mois à Paris 😂, mais il n’y a rien de mal ici. « Être apoutchou », c’est-à-dire bien « en chair », n’est pas une insulte ici. Au contraire, les formes féminines sont valorisées. Autant vous dire que la grossophobie française est à des années-lumière. Et, qu’elle ne me manque pas !

Je retrouve des femmes belles. Puissantes. Dans leurs pagnes colorés, avec leurs fruits et légumes sur leur petit ou grand stand. Elles sont toujours à la même place. Elles sont tellement travailleuses, ces femmes. Le monde repose sur elles. C’est les femmes qui font vivre les familles, les communautés, les villages.

Au fur et à mesure que je m’enfonce dans le marché, je croise des visages familiers, j’entends des « Bonne arrivée ! » lancés à droite à gauche, des sourires chaleureux, des « Eh, tu es rentrée ! ».

En fait, c’est ça, la famille. Je crois que c’est ça qui vient me chercher au fond. La famille.

La famille humaine et non-humaine, bien au-delà du sang commun, qui relie et qui lie. Loin de l’idée restrictive de la famille nucléaire occidentale qui nous a coupés des liens qu’on peut entretenir avec les gens. C’est la grande famille de la vie. Tisser des liens comme une araignée. Ça me fait penser au proverbe africain : il faut tout un village pour élever un enfant.

Qu’est-ce que c’est vrai, putain.

L’une des mamas, celle qui vend des plantains et quelques piments, m’a offert un cadeau. Une merveilleuse parure. Elle ne savait pas que j’arrivais. Quand elle m’a aperçue, elle a appelé sa voisine marchande : « Envoie-moi cadeau parure ! »

Une parure de com-pé-ti-tion (aucune discrétion, j’adore) : collier, bracelets, boucles d’oreilles, bagues, accessoires pour les cheveux. Le tout en perles dorées et bleues. Je ressemble à un genre de sapin de Noël. For real.

Mais un sapin de Noël d’amour.

Vraiment d’amour.

Cette parure doit représenter plusieurs jours de recettes pour elle, mais elle a décidé de me l’offrir. Et je suis émue. Profondément émue. Tellement touchée et reconnaissante. J’ai de la chance de vivre cette attention à l’autre. Et en même temps, ça me fait penser à ce que m’a dit un jour ma mère : « Diffuse l’amour, et il te reviendra toujours. »

J’ai trouvé ce moment tellement merveilleux et généreux. Un langage de l’amour.

J’me suis pavanée telle une paonne 🦚 avec ma parure dans tout le marché.

J’étais aimée, attendue. Tout ça était vrai. Rien de surfait. Juste vrai.